Le livre

Résumé

Entertainment Inc., grande major de la culture et du divertissement, vient d’annoncer le lancement d’un produit qui promet de révolutionner le monde de l’économie culturelle : le projet « Chopart », un logiciel faisant appel à l’intelligence artificielle, qui permet de se substituer à l’homme pour créer et produire de la musique.

Dans un climat électrique au parfum de scandale, la première composition de ce programme  sophistiqué est sur le point d’être crée dans la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris… mais la pianiste vedette du moment disparait brusquement juste avant de la répétition générale. A partir de cet instant, plus rien ne se passera plus comme prévu!

C’est en effet le début d’une affaire rocambolesque qui va mettre à mal le milieu si feutré de la musique classique. Car les morts se succèdent et les suspects sont nombreux… Et c’est une enquête des plus complexes que va mener la jeune lieutenant de police Jade Valois au cœur de plusieurs cercles très fermés, entre musique classique, politique et médias. Une opportunité aussi pour elle de découvrir les coulisses du petit monde de la musique classique… et d’enfin savoir si la musique adoucit les meurtres !


Avant-propos

L’idée de ce roman est née dans un restaurant parisien spécialisé dans les vins naturels. Le déjeuner se terminait, nous avions déjà gouté plusieurs crus, blancs, rouges voire oranges, et je racontais à Marc Fernandez, le directeur de la collection de polars des Editions Plon dont je venais de faire la connaissance, quelques anecdotes amusantes qui m’étaient arrivées au cours des dix-sept ans que j’avais passé à la direction de la branche classique & jazz d’Universal Music. Nous étions trois, réunis pour la première fois par le démiurge de cette histoire, mon ami, auteur et co-auteur Raymond Clarinard, alias Roman Rijka dans les rayons des librairies.

Il faut croire que le courant était passé dès cette première rencontre, ou que mes anecdotes étaient suffisamment savoureuses, car au moment du (nécessaire) café, Marc fit la remarque qu’il y avait bien longtemps qu’un polar se déroulant dans le milieu du classique n’avait été écrit. Il ajouta que si j’avais l’idée d’un bon synopsis, il pourrait être intéressé.

Le lendemain, j’envoyai un mail de remerciement à Marc, qui avait eu la délicatesse de nous inviter, voulant aussi vérifier s’il maintenait toujours sa proposition une fois à jeun ! Il la maintenait. Je lui demandai alors de me laisser quelques semaines pour rédiger un synopsis, car j’avais eu l’idée d’une histoire au moment même où il avait suggéré son hypothèse.

Le logiciel Chopart est né il y a plus de vingt ans, dans un autre roman (1) écrit à une époque où je ne cherchais ou ne savais pas comment me chercher un éditeur. Sans prononcer l’expression d’« intelligence artificielle » qui n’était pas encore à la mode ni vraiment d’actualité, j’avais imaginé un logiciel qui créait des compositions musicales et dont la première serait une oeuvre réunissant les styles de Chopin et Mozart. J’y avais mis en scène la réunion budgétaire au cours de laquelle Léandre Missian réussit à prendre le contrôle de la filiale locale de la major Entertainment Inc. en imposant au culot et à coup de tractations politiques l’adoption de son projet « Chopart ». Léandre Missian et Chopart existaient donc déjà. Marleau, le privé mythomane aussi, il était même né quelques années avant les autres dans un autre roman (2) qui était déjà un polar.

J’ai eu envie de savoir ce qui arrivait ensuite au logiciel « Chopart », et j’ai imaginé une histoire qui se situe environ deux ans après cette réunion budgétaire, lorsque Léandre Missian lance enfin son bébé sur le marché. Une fois cette intrigue posée, j’ai eu envie de m’amuser (surtout m’amuser) et de partager avec le lecteur quelques moments truculents ou agréables d’une vie professionnelle qui est riche en bons et beaux épisodes. Même si les situations dans En Attendant Boulez sont bien sûr de pures fictions, j’ai parfois évoqué des moments qui me sont restés chers : ma première rencontre avec Martha Argerich, une discussion magique avec Maria Joao Pires… Car ce roman est aussi un prétexte pour permettre au lecteur de passer de l’autre côté du rideau, et de visiter un peu les arrières-cuisines de l’univers classique, de le découvrir de l’intérieur, « backstage », d’en arpenter les coulisses : une répétition, un enregistrement, une soirée au coeur des Victoires de la Musique, les diners d’après concert…

J’ai vite senti que même si le périmètre du roman était délimité par la sphère classique, ce périmètre restait très large, trop large pour que je puisse raconter tout ce dont j’avais envie en un même volume. C’est pourquoi l’action se déroule essentiellement dans le monde de la musique instrumentale, malgré une échappée en forme de teasing du côté du Palais Garnier vers la fin du roman. Si mon éditeur ou surtout les lecteurs me prêtent vie, il me reste plein d’anecdotes fort divertissantes ou édifiantes à partager avec eux au sujet du monde lyrique !

Les artistes évoqués aussi sont des mosaïques, j’espère qu’au-delà des péripéties et des facéties, le lecteur partagera mon empathie pour ces hommes et ces femmes qui se remettent inlassablement en danger et en question en montant sur scène face au public, que ce soit dans la petite salle de tel festival obscur ou sur les plus grandes scènes internationales. Quelques noms réels sont évoqués, ceux-là sans qu’on les croise jamais dans le roman : j’ai déjà cité Maria Joao Pires, on y évoque aussi Nemanja Radulovic, parce que l’homme est aussi beau que l’artiste et inversement (et parce que nous avons enregistré son concerto de Khatchatourian pour Deutsche Grammophon ensemble!). On y parle également de Pierre Boulez, à chaque fois peu mais assez souvent. Je n’étais pas un intime de Boulez. Cette fréquentation pudique me convenait parfaitement. Car j’ai eu la chance de pouvoir le suivre, de l’observer ou de travailler avec lui dans des situations souvent passionnantes : pour des concerts bien entendu, très nombreux, sur des enregistrements aussi, ou en collaborant ensemble sur de beaux projets : la réédition des concerts de l’époque du Domaine Musical (je n’étais pas seul dans ces aventures, bénéficiant de la complicité de Magdalena Huebner, Philippe Pauly et de Claude Samuel) et surtout, une des plus grandes fiertés de ma période phonographique, la première et à ce jour la seule édition d’une intégrale de son oeuvre de compositeur. Alors après les disques, un livre! Mais dont il n’est pas le sujet principal, loin s’en faut. Je ne lui ai jamais dit (dieu merci, qu’en aurait-il fait?) tout ce que je lui devais, alors cela valait bien quelques paragraphes au détour d’un polar!

  • cf. Yann Ollivier : Les Chemins qui mènent à la mer.
  • Cf. Yann Ollivier : Meurtres à la Mémoire d’un Ange.